Pour compléter et
répondre entièrement à cette problématique, nous avons interviewé
le Docteur A. Gervais, ancien chargé de recherche, dans un centre de lutte
contre le cancer, spécialisé en immunologie.
DISPO Victor Hugo:
La communauté des scientifiques a-t-elle eu des doutes concernant la
théorie de C. Darwin ?
A. GERVAIS: Oui,
depuis le début car elle a été opposée au créationnisme
notamment, mais la communauté scientifique l’a assez rapidement
assimilée dans ses grands principes car plusieurs autres savants
avant Darwin avaient déjà émis des hypothèses proches pour
évoquer la disparité des espèces (comme Lamarck par exemple).
La communauté
scientifique l’a franchement adopté à partir des années 50,
lorsque Dobzhansky et Mayr ont fondé la théorie synthétique de
l’évolution, articulation entre la théorie de la sélection
naturelle Darwinienne et de la génétique mendeléienne. Elle est
depuis devenue la théorie dominante et enseignée à l’école, et
dans les Universités.
Mais même de nos jours,
de nombreux mécanismes de la théorie de l’évolution ne sont pas
totalement expliqués et certaines questions font encore débat…
DISPO Victor
Hugo : Comment s'exprime la théorie de C. Darwin dans votre
domaine actuellement ?
A. GERVAIS :
En Immunologie, bien que la théorie de l’évolution soit peu
étudiée, elle pourrait s’appliquer à plusieurs phénomènes :
- au niveau des espèces :
l’étude du système immunitaire de plusieurs espèces, des plantes
aux animaux, a permis de mettre en évidence des homologies et des
différences, donc une évolution entre les espèces, et une
complexification du système (immunité innée vers immunité
adaptative)
- au niveau des populations
d’une même espèce : le système immunitaire de certaines
populations étaient « naturellement » (déjà
sélectionné et évolué) résistants à l’infection par certains
pathogènes (virus, bactéries, parasites) et leur a donc donné un
avantage sélectif par rapport à d’autres populations qui ont
dépéri (ex : Amérindiens et microbes transmis par les
Européens)
- au niveau des cellules du
système immunitaire : les globules blancs les plus spécifiques
et donc adaptés (lymphocytes) à un microbe pathogène entrant dans
l’organisme sont sélectionnés et multipliés au détriment des
autres, non spécifiques (théorie de la sélection clonale par
Burnet en 1957).
- au niveau des microbes
pathogènes : les microbes possédant certaines mutations
peuvent échapper plus facilement ou se défendre contre le système
immunitaire ou coloniser de nouveaux hôtes (ex : SIDA : le
virus HIV de l’Homme dérivant du virus SIV du singe)
- au niveau des cellules
cancéreuses : les cellules d’une tumeur mutent pour acquérir
de nouvelles compétences afin de migrer et d’échapper au système
immunitaire pour coloniser l’organisme (théorie de l’échappement
tumoral).
DISPO Victor
Hugo : D'autres théories ressortent-elles dans votre
milieu ?
A. GERVAIS :
Non, pas d’un point de vue de l’évolution des espèces car
l’Immunologie est dans la grande majorité des cas cantonnée à
l’étude d’un organisme et de son comportement face aux
agressions.
Dans le cas d’études
de populations, en général, cela se fait sur une ou quelques
générations, insuffisant pour ébaucher des théories sur
l’évolution…et depuis les années 50, l’évolution
technologique biaise la vision d’une évolution naturelle
(traitement aux antibiotiques, vaccinations, thérapies cellulaire et
géniques, etc…).
DISPO Victor
Hugo : Avez vous remarqué des phénomènes allant à
l'encontre de la théorie de C. Darwin ?
A. GERVAIS :
Les phénomènes évolutionnistes observés au niveau cellulaire ou
de l’organisme (sélection clonale par exemple) en Immunologie ne
sont pas directement transmis à la descendance…donc la mutation
observée donne un avantage uniquement pour une courte durée à un
individu (ex : la vaccination)…
Ces phénomènes au
niveau cellulaire sont contrôlés par l’organisme lui-même à une
échelle supérieure : une réaction contre un pathogène
aboutit à une sélection et une prolifération de lymphocytes
spécifiques, mais une fois le pathogène éliminé, cette population
de globules blancs est régulée à la baisse (apoptose) afin
d’éviter un avantage sélectif au détriment des autres
populations de cellules du corps et qui aboutirait à sa destruction
(ex : maladies auto-immunes).
Les phénomènes de
mutations génétiques sont contrôlés par l’organisme qui possède
des systèmes de réparation de l’ADN quand celui-ci est muté afin
d’éviter des mutations létales ou morbides (comme le cancer) et
maintenir constant son génome (but contraire à la théorie de
l’évolution). Mais ce système n’est pas fiable à 100% et
il y a toujours des mutations…
DISPO Victor
Hugo : Avez vous un(des) exemple(s) à nous donner,
concernant l'évolution d'une espèce au niveau cellulaire ?
A. GERVAIS : Les
bactéries dans un milieu pauvre en glucose ;
Une expérience a été
menée sur des bactéries dans un milieu pauvre en glucose (leur
principale source de nourriture) qui a duré près de vingt ans.
Les chercheurs ont alors analysé les mutations génétiques au cours
de 40 000 générations afin de savoir si les dernières bactéries
de la 40 000ème génération sont plus adaptées à vivre
avec moins de glucose que ses ancêtres.
Résultats :
Les
variations génétiques n'apparaissent pas toujours au même rythme,
n'ont pas toutes les mêmes conséquences et ne touchent pas
l'ensemble de l'ADN avec la même probabilité.
Les spécialistes
cherchent toujours des réponses à cette évolution...
DISPO Victor
Hugo : A plusieurs reprises, nous avons rencontré la notion
de « chaînon manquant ». Pouvez - vous nous éclairer ?
A. GERVAIS :
Appelée forme transitionnelle, c’est une espèce vivante ou
fossile qui présente une mosaïque de caractères de deux autres
espèces, faisant ainsi la transition entre les deux…
Mais il s’agit d’une
vue de l’esprit et qui ne correspond pas à la réalité pour les
évolutionnistes modernes car les espèces ne descendent pas les unes
des autres mais par buissonnement à partir d’ancêtres communs…
Le chaînon manquant
n'existe pas !
C'est une vue de
l'esprit, sans fondement. Pour Pascal Picq nous avons des ancêtres
avec les grands singes mais nous ne descendons pas en ligne
directe...
Pour plus de détails
sur le sujet :
http://thomas.pradeu.free.fr/Publications%20TP/Pradeu_Darwinisme%20evolution%20et%20immunologie.pdf
Texte original :
http://www.nature.com/nature/journal/v461/n7268/full/nature08480.html
Pour plus de
précision, lire les articles de Sciences
et Avenir
de Décembre 2003 et
Libération.com Sciences
d'Octobre 2001 concernant le sujet et consulter :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Forme_transitionnelle
Nous
remercions Dr A. Gervais pour son aide précieuse et nous lui
exprimons toute notre reconnaissance.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire