mardi 29 mai 2012

Interview d'un spécialiste en immunologie

Pour compléter et répondre entièrement à cette problématique, nous avons interviewé le Docteur A. Gervais, ancien chargé de recherche, dans un centre de lutte contre le cancer, spécialisé en immunologie.


DISPO Victor Hugo: La communauté des scientifiques a-t-elle eu des doutes concernant la théorie de C. Darwin ?

A. GERVAIS: Oui, depuis le début car elle a été opposée au créationnisme notamment, mais la communauté scientifique l’a assez rapidement assimilée dans ses grands principes car plusieurs autres savants avant Darwin avaient déjà émis des hypothèses proches pour évoquer la disparité des espèces (comme Lamarck par exemple).

La communauté scientifique l’a franchement adopté à partir des années 50, lorsque Dobzhansky et Mayr ont fondé la théorie synthétique de l’évolution, articulation entre la théorie de la sélection naturelle Darwinienne et de la génétique mendeléienne. Elle est depuis devenue la théorie dominante et enseignée à l’école, et dans les Universités.

Mais même de nos jours, de nombreux mécanismes de la théorie de l’évolution ne sont pas totalement expliqués et certaines questions font encore débat…


DISPO Victor Hugo : Comment s'exprime la théorie de C. Darwin dans votre domaine actuellement ?

A. GERVAIS : En Immunologie, bien que la théorie de l’évolution soit peu étudiée, elle pourrait s’appliquer à plusieurs phénomènes :

- au niveau des espèces : l’étude du système immunitaire de plusieurs espèces, des plantes aux animaux, a permis de mettre en évidence des homologies et des différences, donc une évolution entre les espèces, et une complexification du système (immunité innée vers immunité adaptative)
- au niveau des populations d’une même espèce : le système immunitaire de certaines populations étaient « naturellement » (déjà sélectionné et évolué) résistants à l’infection par certains pathogènes (virus, bactéries, parasites) et leur a donc donné un avantage sélectif par rapport à d’autres populations qui ont dépéri (ex : Amérindiens et microbes transmis par les Européens)
- au niveau des cellules du système immunitaire : les globules blancs les plus spécifiques et donc adaptés (lymphocytes) à un microbe pathogène entrant dans l’organisme sont sélectionnés et multipliés au détriment des autres, non spécifiques (théorie de la sélection clonale par Burnet en 1957).
- au niveau des microbes pathogènes : les microbes possédant certaines mutations peuvent échapper plus facilement ou se défendre contre le système immunitaire ou coloniser de nouveaux hôtes (ex : SIDA : le virus HIV de l’Homme dérivant du virus SIV du singe)
- au niveau des cellules cancéreuses : les cellules d’une tumeur mutent pour acquérir de nouvelles compétences afin de migrer et d’échapper au système immunitaire pour coloniser l’organisme (théorie de l’échappement tumoral).


DISPO Victor Hugo : D'autres théories ressortent-elles dans votre milieu ?

A. GERVAIS : Non, pas d’un point de vue de l’évolution des espèces car l’Immunologie est dans la grande majorité des cas cantonnée à l’étude d’un organisme et de son comportement face aux agressions.
 Dans le cas d’études de populations, en général, cela se fait sur une ou quelques générations, insuffisant pour ébaucher des théories sur l’évolution…et depuis les années 50, l’évolution technologique biaise la vision d’une évolution naturelle (traitement aux antibiotiques, vaccinations, thérapies cellulaire et géniques, etc…).


DISPO Victor Hugo : Avez vous remarqué des phénomènes allant à l'encontre de la théorie de C. Darwin ?

A. GERVAIS : Les phénomènes évolutionnistes observés au niveau cellulaire ou de l’organisme (sélection clonale par exemple) en Immunologie ne sont pas directement transmis à la descendance…donc la mutation observée donne un avantage uniquement pour une courte durée à un individu (ex : la vaccination)…

Ces phénomènes au niveau cellulaire sont contrôlés par l’organisme lui-même à une échelle supérieure : une réaction contre un pathogène aboutit à une sélection et une prolifération de lymphocytes spécifiques, mais une fois le pathogène éliminé, cette population de globules blancs est régulée à la baisse (apoptose) afin d’éviter un avantage sélectif au détriment des autres populations de cellules du corps et qui aboutirait à sa destruction (ex : maladies auto-immunes).

Les phénomènes de mutations génétiques sont contrôlés par l’organisme qui possède des systèmes de réparation de l’ADN quand celui-ci est muté afin d’éviter des mutations létales ou morbides (comme le cancer) et maintenir constant son génome (but contraire à la théorie de l’évolution). Mais ce système n’est pas fiable à 100%  et il y a toujours des mutations…


DISPO Victor Hugo : Avez vous un(des) exemple(s) à nous donner, concernant l'évolution d'une espèce au niveau cellulaire ?

A. GERVAIS : Les bactéries dans un milieu pauvre en glucose ;

Une expérience a été menée sur des bactéries dans un milieu pauvre en glucose (leur principale source de nourriture) qui a duré près de vingt ans. Les chercheurs ont alors analysé les mutations génétiques au cours de 40 000 générations afin de savoir si les dernières bactéries de la 40 000ème génération sont plus adaptées à vivre avec moins de glucose que ses ancêtres.

Résultats : 

Les variations génétiques n'apparaissent pas toujours au même rythme, n'ont pas toutes les mêmes conséquences et ne touchent pas l'ensemble de l'ADN avec la même probabilité.
Les spécialistes cherchent toujours des réponses à cette évolution...


DISPO Victor Hugo : A plusieurs reprises, nous avons rencontré la notion de « chaînon manquant ». Pouvez - vous nous éclairer ?

A. GERVAIS : Appelée forme transitionnelle, c’est une espèce vivante ou fossile qui présente une mosaïque de caractères de deux autres espèces, faisant ainsi la transition entre les deux…

Mais il s’agit d’une vue de l’esprit et qui ne correspond pas à la réalité pour les évolutionnistes modernes car les espèces ne descendent pas les unes des autres mais par buissonnement à partir d’ancêtres communs…

Le chaînon manquant n'existe pas !

C'est une vue de l'esprit, sans fondement. Pour Pascal Picq nous avons des ancêtres avec les grands singes mais nous ne descendons pas en ligne directe...

Pour plus de détails sur le sujet : http://thomas.pradeu.free.fr/Publications%20TP/Pradeu_Darwinisme%20evolution%20et%20immunologie.pdf

Texte original :  http://www.nature.com/nature/journal/v461/n7268/full/nature08480.html

Pour plus de précision, lire les articles de Sciences et Avenir de Décembre 2003 et Libération.com Sciences d'Octobre 2001 concernant le sujet et consulter : http://fr.wikipedia.org/wiki/Forme_transitionnelle



Nous remercions Dr A. Gervais pour son aide précieuse et nous lui exprimons toute notre reconnaissance.

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