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| Abbatiale Saint-Michel de Gaillac par Christian Caffin |
Journaliste : Bonjour, tout d’abord connaissez-vous la théorie de Darwin sur l’évolution ?
Père Franklin : Bonjour, oui je la connais ! L’évolutionnisme s’oppose au fixisme et au créationnisme. Pour Darwin, en effet, les espèces varient sans cesse, la sélection naturelle élimine les variants les moins adaptés à leur milieu. Les survivants transmettent leurs nouveaux caractères à leur descendance. Ainsi, peu à peu, une espèce se transforme en une autre. Aujourd’hui, l’évolution est un fait scientifiquement établi : née dans les eaux primitives, la vie en est sortie il y a près de 300 millions d’années.
Votre religion a-t-elle des liens avec cette théorie ?
Je ne pense pas qu’il faille parler de liens, mais par contre quel regard la foi chrétienne porte-t-elle sur la théorie de l’évolution ? C’est à la fois un regard critique et de conciliation. Mais dès le début, en effet, le Magistère (1) n’a pas hésité à condamner avec la dernière énergie les thèses de Lamarck et de Darwin qui venaient ruiner les bases de l’affirmation chrétienne sur la Création. Ce qui existe, affirme l’Eglise, est l’œuvre de Dieu : les textes bibliques le disent. Pour les évolutionnistes, le monde est le produit d’une sélection naturelle et donc d’une évolution.
Certains fidèles de la religion chrétienne approuvent la théorie évolutionniste et tentent même de la concilier avec les textes de la Genèse (premier livre de la Bible) qui affirment que la création s’est faite en 6 jours…D’autres, par contre, la réfutent catégoriquement car, disent –ils, l’évolutionnisme remet en cause le Dogme de la Création, du péché originel et donc de la Rédemption. Par voie de fait elle hypothèque l’existence même de Dieu.
Quels impacts cette théorie a-t-elle eu sur la foi catholique ?
Quoiqu’elle ait bousculé l’Eglise dans ses fondements, l’évolutionnisme a permis à l’Eglise de comprendre aussi ses limites : c’est-à-dire qu’elle n’avait pas compétence en tout. Il y a des domaines qui relèvent de la science. Les textes bibliques ne se veulent pas être une chronique des origines des choses, mais veulent donner un sens à ce qui existe. La création est une œuvre d’amour de Dieu. Face à cette théorie, la place même de l’Eglise est remise en question car Dieu n’a « plus de rôles à jouer dans la création du monde ». Vous savez, la Bible ne cherche pas à donner une explication scientifique quant à l’arrivée de l’homme sur Terre, elle cherche juste à expliquer le pourquoi de sa présence. L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est lui-même aussi créateur. La Bible n’est pas un livre d’histoire, mais une histoire d’amour entre Dieu et l’homme qui a connue sa plénitude dans la Révélation judéo-chrétienne. Jésus est le témoin privilégié de l’amour de Dieu, parce qu’il révèle le Dieu de la création. La science et la Bible ne sont donc pas en contradiction parce que chacune à son objet propre.
De quelle manière les fidèles qui acceptent cette théorie l’intègrent t-ils dans leur foi ?
Aujourd’hui, beaucoup de difficultés ont été effacées. En effet, grâce aux progrès de l’exégèse, à la distinction des genres littéraires, on sait découvrir le message religieux de la Bible sous la formulation imagée et symbolique. Ceci permet ainsi de trouver un compromis entre les deux théories. C’est l’attitude appelée du conformisme et son message est le suivant : Dieu est le créateur de tout ce qui existe. Si donc les espèces dérivent les unes des autres depuis les premières formes de la vie, l’évolution est le moyen choisi par Dieu pour faire venir à l’être tous les vivants, y compris le corps de l’homme. D’ailleurs les textes de la Genèse contiennent une certaine idée évolutionniste avec la création du monde par Dieu en 6 jours. Teilhard de Chardin est un fervent défenseur du conformisme.
Certains de vos fidèles ont-ils abandonné leur croyance ?
Oui, certains ont abandonné leur foi affirmant que dès lors que l‘Eglise ne peut pas justifier, mieux prouver ce qu’elle affirme, elle n’est plus crédible. La science est, quant à elle, digne de foi, car elle peut démontrer ses affirmations.
Cette théorie a t-elle provoqué des débats dans votre religion ?
Oui, bien sûr. Comme je l'ai dit au début de l'interview, l’évolutionnisme et les thèses de la sélection naturelle ont bousculé ce qui paraissait bien longtemps comme des certitudes dans la doctrine de l’Eglise.
Êtes-vous d’accord avec le fait d’enseigner cette théorie à l’école ?
Oui, car elle permet de comprendre ce que la science apporte à la compréhension de l’origine de la vie, c’est à dire qu’elle permet aux élèves croyants de mieux comprendre leur foi. Pour la foi, toutes les créatures dépendent de Dieu, qui leur donne leur existence et leur dynamisme évolutif. Quant aux mécanismes de l’évolution, il revient à la science de les chercher.
Nous remercions vivement le Père Franklin, grâce à qui, nous pouvons dire, en conclusion, que cette théorie a suscité de nombreuses questions quant aux affirmations traditionnelles de l’Eglise catholique, et a permis d’approfondir l’étude et l’interprétation des écrits bibliques, grâce à l’Exégèse.
(1) Le Magistère de l'Église désigne l'autorité en matière de morale et de foi de l'ensemble des évêques et spécialement du pape, sur les fidèles catholiques.
Mathilde ALBY, Imen BENAÏ & Alison DESTRUELS
Mathilde ALBY, Imen BENAÏ & Alison DESTRUELS

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